Où je râle, en bonne Française (qui vit sa citoyenneté hors de France)

Pourquoi, Française de l’étranger, je ne suis pas satisfaite des conclusions et actions prises en ce qui concerne notre accès au vote par internet :

2 millions de Français sont inscrits sur les listes consulaires. Beaucoup sont dans, ou à proximité d’un grand centre urbain où se trouvera un bureau de vote dépendant du consulat auquel ils sont rattachés. Pour ceux-ci, ce que j’ai à dire n’a pas d’incidence. S’ils veulent voter, se déplacer sur quelques kilomètres n’est pas beaucoup plus compliqué que pour quiconque se déplace vers son bureau de vote en France.

Beaucoup d’autres habitent dans une région du monde où le courrier est réputé fiable, et où ils pensent sans doute légitimement pouvoir faire confiance aux services de poste locaux pour leur délivrer les professions de foi et bulletins de vote, et les renvoyer au consulat, dans les temps.[Je note tout de même que j’ai appris à me méfier des services postaux au Canada et en Australie, deux pays pourtant du G20, alors je suis absolument certaine que les courriers étaient envoyés dans les règles de l’art, bordereaux à l’appui.]

Et puis il y a les autres, dont je fais partie. Je n’ai pas les statistiques, mais on doit bien être, au moins, un paquet. Nous habitons trop loin du consulat pour nous y déplacer et nous savons que nous ne pouvons pas faire confiance aux services de poste pour le vote par correspondance. Nous sommes donc réduits à nous résoudre au vote par procuration.

Or, pour voter par procuration, encore faut-il avoir quelqu’un à qui confier son vote. Or, si l’on n’habite pas près du consulat, quelles sont les probabilités qu’on y connaisse quelqu’un de confiance, et avec qui on veut bien partager (à sens unique) ses convictions politiques ? Et si on a cette chance, avec la limite de 3 procurations par électeur, combien de personnes faut-il battre sur le poteau dans le cas où cette personne serait connue de plusieurs autres électeurs également en mal de personne de confiance ? Je passe sur le fait qu’il faille se rendre au consulat pour signer la procuration, ou attendre une visite consulaire (qui peut bien ne jamais venir), et qu’avec les réductions du nombre de consulats, ça ne va pas aller en s’arrangeant.

Sous couvert de protéger le vote des Français de l’étranger de toute attaque électronique, on se retrouve plutôt à les condamner à accorder leur confiance à des gens qu’ils ne connaissent pas et qui peuvent très bien être aussi malhonnêtes que l’hypothétique attaque des serveurs. Ou, plus prosaïquement, à ne pas se sentir en capacité de voter, et à ne pas voter, voire même à ne pas s’inscrire au consulat, puisque « ça ne sert à rien ». Décevant pour ceux qui, comme moi, sont attachés aux valeurs de la République et à vivre leur citoyenneté pleinement mais hors de France.

Car il est possible de cumuler l’attachement à la France et à ses valeurs, l’esprit humaniste, l’attrait pour l’ailleurs, et ne pas reculer à travailler pour son pays et la diffusion de la Francophonie sans faire de bénéfices autres que celui de se sentir utile -en étant stagiaire SCAC en Ambassade, VIA, VSI, recrutée locale au Ministère de l’Education d’un pays en développement, par exemple, voire tout ça l’un après l’autre… ce qui explique aisément que je n’aie pas les moyens de faire des aller-retour au Consulat duquel je dépends, qui est dans un autre pays, et qui sera encore plus loin d’ici peu. J’ai du mal à imaginer que je puisse être la seule –surtout parce que j’en connais d’autres comme moi.

Nous sommes moins glamour, peut-être, que ces expatriés français tellement chics et successful dans les grandes entreprises qui les emploient, mais nous sommes nombreux, partout et généralement très politisés et engagés dans des causes qui parlent d’avenir et de société. Il est tout de même dommage que pour des raisons d’hypothétiques intrusions dans nos bulletins de vote, que ce soit électroniquement comme le craignent les experts, ou physiquement, comme nous le font craindre les services de poste ou les délégations de vote, que la France se prive de nos voix dans un monde de plus en plus globalisé et que nous connaissons de première main pour le pratiquer au quotidien.

Ps: je pense pouvoir faire confiance en quelqu’un à Suva, à qui j’ai demandé d’accepter ma procuration. Mais comme il y a peu de chances que je puisse jamais vérifier ce qu’il en aura fait, et que c’est pas non plus un proche très proche, je ne saurai jamais si mon vote aura compté comme je le souhaite, ou s’il aura été “piraté”. Mais je veux croire en sa probité. Même si j’avais pas spécialement envie de partager mes convictions avec lui…